Vous souhaitez transmettre un appartement à vos enfants, mais continuer à y vivre ? Les aider financièrement maintenant, sans compromettre vos propres projets ? Donner de son vivant peut répondre à ces deux objectifs. À condition de choisir ce que vous transmettez et ce que vous conservez. Abattements fiscaux, donation-partage et démembrement offrent plusieurs possibilités. Mais une donation change réellement la propriété des biens. Elle ne se décide pas uniquement pour réduire de futurs droits de succession.
Transmettre plus tôt, sans se priver de ce dont on aura besoin
Attendre le décès pour transmettre son patrimoine n’est pas nécessairement une erreur. Mais une aide reçue au moment d’acheter un logement, de créer une activité ou de constituer une épargne peut être plus utile qu’un héritage plusieurs décennies plus tard. Une donation permet de choisir ce moment plutôt que de le subir.
Elle peut aussi présenter un intérêt fiscal : certains abattements se renouvellent tous les quinze ans. Une transmission anticipée peut donc, selon l’âge du donateur et l’histoire familiale, ouvrir la possibilité de les utiliser à nouveau.
Encore faut-il pouvoir donner. Un propriétaire qui dépend de ses loyers pour vivre n’a pas les mêmes marges de manœuvre qu’une personne disposant d’une épargne abondante. Avant de fixer un montant, il faut regarder les revenus futurs, les dépenses possibles, le logement à conserver et la réserve de sécurité. L’avantage fiscal vient seulement après cette vérification, pas avant.
Abattements : ce que l’on peut transmettre et pourquoi quinze ans comptent
Chaque parent dispose d’un abattement de 100 000 € par enfant sur les droits de donation. Ainsi, si aucun abattement n’a déjà été utilisé entre les mêmes personnes au cours des quinze années précédentes, deux parents peuvent transmettre ensemble 200 000 € à un enfant sans droits de donation. Il ne s’agit pas pour autant d’un plafond des sommes qu’ils ont le droit de donner. Au-delà de l’abattement, des droits peuvent simplement être dus.
L’abattement peut servir en une fois ou progressivement. Pour déterminer ce qui reste disponible, il faut prendre en compte les donations antérieures concernées. La même période de quinze ans intervient aussi dans le rappel fiscal lors d’une succession.
D’autres liens familiaux ouvrent droit à des abattements :
- 31 865 € entre grand-parent et petit-enfant
- 5 310 € entre arrière-grand-parent et arrière-petit-enfant
- 80 724 € entre époux ou partenaires de PACS
- 15 932 € entre frère et sœur
- 7 967 € entre oncle ou tante et neveu ou nièce, selon les liens retenus par le droit fiscal.
Un abattement supplémentaire de 159 325 € peut bénéficier à une personne en situation de handicap lorsque les conditions légales sont remplies, en complément de l’abattement familial applicable. Ces règles concernent les donations. Il ne faut pas les confondre avec les exonérations propres aux successions, notamment celle du conjoint survivant ou du partenaire de PACS.
Pour certains dons familiaux de sommes d’argent, une exonération distincte de 31 865 € peut s’ajouter à l’abattement habituel. Le donateur doit notamment avoir moins de 80 ans et le bénéficiaire être majeur ou émancipé. Un parent peut alors, si tous ses droits sont disponibles et toutes les conditions remplies, transmettre 131 865 € à son enfant sans droits de donation. Cette exonération spécifique se renouvelle, elle aussi, tous les quinze ans. Le dispositif s’applique également, sous certaines conditions, aux transmissions entre grands-parents et petits-enfants, et parfois entre oncle ou tante et neveu ou nièce.
L’administration fiscale prévoit aussi un dispositif temporaire jusqu’au 31 décembre 2026 pour certains dons d’argent destinés à l’acquisition d’un logement neuf ou à des travaux éligibles de rénovation énergétique : jusqu’à 100 000 € par donateur, dans une limite globale de 300 000 € par bénéficiaire. Les conditions d’emploi des fonds, de délai et d’occupation sont strictes. Il ne faut pas confondre ce dispositif avec l’exonération familiale ordinaire de 31 865 €.
Pour comprendre les cumuls et les situations particulières, consultez nos guides sur la donation parent-enfant et ses abattements et sur la donation à un petit-enfant.
Donation simple ou donation-partage : transmettre n’est pas répartir
Imaginez deux enfants : l’un reçoit un appartement, l’autre une somme d’argent. Dix ans plus tard, les valeurs ont évolué différemment. Lors de la succession, il faudra examiner la nature des donations, leur éventuel rapport et la protection de la réserve héréditaire. Donner la même valeur aujourd’hui ne suffit pas toujours à garantir le même équilibre demain.
Une donation simple transmet un bien ou une somme à un bénéficiaire. Elle peut notamment être consentie en avance sur sa part de succession ou, dans les limites légales, hors part successorale. Ces choix ont des conséquences civiles qu’il faut comprendre avant de signer.
La donation-partage, réalisée par acte notarié, permet d’organiser un partage anticipé entre les bénéficiaires concernés. Son avantage tient surtout à l’organisation familiale, pas à un abattement fiscal supplémentaire. Pour le calcul de la réserve, les valeurs peuvent être retenues au jour de l’acte. Encore faut-il remplir les conditions de l’article 1078 du Code civil : ce mécanisme n’est pas automatique.
Pour comparer les effets civils, les possibilités de répartition et les limites de chaque formule, voir notre comparatif donation simple ou donation-partage.
Transmettre un logement tout en gardant l’usufruit
Vous pouvez vouloir préparer la transmission d’un bien immobilier sans quitter votre maison ni perdre les loyers d’un appartement. C’est l’intérêt possible du démembrement de propriété. Ainsi, les enfants reçoivent la nue-propriété, tandis que le parent conserve l’usufruit. Ce dernier permet au parent d’occuper le logement ou d’en percevoir les loyers.
La donation porte alors sur la nue-propriété. On détermine la valeur fiscale de la nue-propriété par un barème tenant compte de l’âge de l’usufruitier. Par exemple, pour un usufruitier de 66 ans et un appartement estimé à 250 000 €, elle représente fiscalement 60 % de la pleine propriété, soit 150 000 €. Ce montant constitue une base d’évaluation avant la prise en compte des abattements applicables et non le montant des frais à régler.
À l’extinction de l’usufruit par le décès, la pleine propriété se reconstitue en principe entre les mains du nu-propriétaire sans nouveaux droits dus du seul fait de cette réunion. En revanche, donner la nue-propriété est un transfert réel et généralement irrévocable : pour vendre ensuite la pleine propriété du logement, usufruitier et nu-propriétaire devront s’accorder.
Une donation-partage peut aussi porter sur des biens démembrés. Ce montage permet d’anticiper la répartition tout en conservant certains usages ou revenus, mais il faut vérifier les droits de chacun, les charges, les travaux et les conséquences d’une vente. Notre guide sur la donation en nue-propriété avec réserve d’usufruit détaille ces points. Pour chiffrer le coût de l’acte, voir également les frais d’une donation immobilière. Car attention, l’absence de droits de donation ne signifie pas l’absence de frais de notaire.
En Corse, l’exonération successorale ne s’applique pas automatiquement aux donations
L’histoire des successions corses reste associée aux arrêtés Miot et à des situations foncières parfois complexes. Mais il serait inexact d’en déduire qu’un bien situé en Corse se transmet aujourd’hui sans droits de succession.
Pour les successions ouvertes jusqu’au 31 décembre 2037, l’article 1135 bis du Code général des impôts prévoit, sous ses conditions, une exonération de droits de mutation par décès portant sur 50 % de la valeur des immeubles et droits immobiliers situés en Corse. Des obligations particulières de publication des titres ou attestations notariales peuvent notamment s’appliquer. Le retour au droit commun est prévu pour les successions ouvertes à compter du 1er janvier 2038.
Cette mesure porte sur une transmission par décès, et non sur une donation du vivant du propriétaire. Elle ne s’étend pas automatiquement à l’argent, aux placements ou à tous les autres biens de la succession. Pour un patrimoine immobilier en Corse, le choix entre donner maintenant et transmettre au décès demande donc un examen précis de la situation et des coûts.
Avant de donner : les questions à préparer
Avant de rencontrer un notaire, rassemblez une estimation des biens, le montant des revenus dont vous dépendez et l’historique des donations déjà réalisées. Puis clarifiez cinq points :
- Ce que vous pouvez céder sans compromettre votre logement, vos dépenses futures ni votre réserve financière.
- Qui doit recevoir quoi, en tenant compte des autres héritiers et de leur réserve héréditaire.
- Les droits que vous voulez conserver, notamment l’usage d’un logement ou les revenus d’un bien loué.
- Le coût complet de l’opération : droits éventuels, frais d’acte, formalités et conséquences d’une revente.
- Les démarches à effectuer : un bien immobilier ou une donation-partage exige un acte notarié. Un don manuel doit être déclaré par son bénéficiaire, même sans droits à payer. Depuis 2026, cette déclaration s’effectue en principe en ligne, sauf exceptions.
Si votre projet concerne une maison, un appartement ou un terrain, vous pouvez déjà obtenir une première estimation du coût grâce à notre simulateur de donation immobilière. Il vous aidera à préparer les chiffres à examiner avec le notaire avant de vous engager.
Une donation réussie ne se mesure pas seulement à l’impôt économisé. Elle doit aussi vous permettre de continuer à vivre comme prévu et laisser à vos proches une situation compréhensible. C’est avec ces éléments concrets que l’on construit intelligemment un projet de transmission.
Les règles fiscales et successorales peuvent évoluer et leur application dépend de chaque situation personnelle. Ce contenu est proposé à titre pédagogique et ne constitue pas un conseil juridique, fiscal ou patrimonial personnalisé. Pour une donation, une donation-partage ou une transmission immobilière, l’accompagnement d’un notaire et, selon la situation, d’un professionnel du patrimoine est recommandé.



